Le chantier Guy Samson © Ariane Lord

Le chantier

Exposition d'Ariane Lord, du 20 mars au 25 avril 2009
Rencontre-conférence suivi du vernissage de l'exposition le vendredi 20 mars lors d'un 5 à 7

Des maillets qui tapent contre le verre. Des mannequins déposés sur du mobilier comme des sujets sans vie, ouvrés par les objets qui les supportent ou ceux qui les façonnent. L’évidemment existentiel de la figure humaine lorsqu’elle est réduite à ses seules qualités d’objet. Des photographies du visage de l’artiste pressé contre la surface du verre et la grimace corollaire de sa déformation plastique. Un objet comme les autres, pris dans les limites d’un autre objet. Et des maillets qui tapent toujours contre leur cage de verre comme des automates en déficit d’individualité, pris dans le jeu mimétique de la vie.

Ariane Lord présente une installation regroupant des sculptures cinétiques et des photographies numériques qui abordent la notion d’altérité. En effet, Le Chantier est une métaphore de l’être soumis à l’altérité, c’est-à-dire du sujet dont l’individualité est façonnée par différentes forces qui lui sont propres et étrangères. Les œuvres de Lord renversent nos rapports habituels avec l’objet : l’être en présence est en premier chef l’artiste dont le corps est le matériau élémentaire tandis que les machines-outils possèdent une autonomie parente de l’être vivant. En véritables automates, ces derniers opèrent sur le sujet un travail continu de mise en forme par lequel s’effectue un transfert de substance. Le «moi secret» du sujet, son intériorité, paraît maintenant habiter la machine tandis que le sujet s’en voit dépossédé.

Le Chantier possède par ailleurs une dimension plus illustrative, utilisant certaines figures propres au domaine de la construction – grue, pilon, charpente de maison, etc.– représentées à petite échelle. Bien que ces espaces fictionnels soient tangibles, seul l’œil peut s’avancer dans ces espaces, s’enfonçant dans un détail lorsque que tout le reste du corps du regardeur demeure en retrait. Le corps interdit se projette alors dans ces lieux et l’imagination les incorpore dans sa dérive. Par ces dispositifs d’inclusion et d’exclusion, ces œuvres nous révèlent que le véritable sujet au centre de cette installation est le regardeur lui-même, dont le corps et l’esprit sont solidaires d’un même être, d’un même site travaillé par des forces intérieures et extérieures.

Par son installation, Lord nous rappelle que nous sommes transformés quotidiennement par notre environnement et par les relations qui nous lient à autrui. Symétriquement, nous modifions aussi le monde qui nous est extérieur par de multiples inflexions que nous lui infligeons. C’est cette porosité de l’être qui intéresse ici l’artiste, la transformation réciproque qui s’opère entre le sujet et son environnement.

Jean-Philippe Roy, coordonateur à la programation
BIOGRAPHIE

Ariane Lord est originaire de La Pocatière. Après l’obtention en 2005 d’un baccalauréat en Arts visuels de l’UQÀM, elle retourne habiter sa ville natale où elle vit et travaille. Elle recevait en 2007 une Bourse de recherche et création du CALQ et une Aide à la production octroyée par Paraloeil en 2006. Elle a participé à plusieurs résidences de création et ses œuvres ont été présentées en solo notamment au Collectif Regard (Lévis, 2007) et à Grave (Victoriaville, 2009).