Espace Blanc 3: Les polarités

Espace Blanc 3: Les polarités

Événement spécial incluant 4 artistes, du 29 janvier au 15 mars 2008


Au coeur de notre monde en plein boulversement écologique, la banquise est devenue une allégorie du déséquilibre croissant entre l’Homme et l’Environnement. Elle représente aussi, paradoxalement une lutte à venir pour la rehabilitation d’une relation saine entre le « Nous » et la Nature. Quelque part entre l’Antiquité et la revolution industrielle, l’Homme ayant appris à dominer, à dompter, à façonner et à manipuler la Nature en est venu à négliger le fait qu’il est lui-même une manifestation particulière et immanente de celle-ci; une partie du tout, une polarité parmi de nombreuses autres, une entité dans l’Entité. Conséquence: l’équilibre millénaire semble maintenant auss déréglé et menace que ces grandes étendues de glace aux deux poles de notre planète.

Cette troisième édition de l’événement Espace blanc se tient sous le thème Les Polarités. Les artistes Ani Deschênes, Patrick Bérubé, Mathieu Valade et Jean-Philippe Roy sont invités à vivre une résidence de production à Rimouski afin de sonder le rapport ambigü, dual et giratoire qu’entretient l’Homme avec la Nature. Une Nature que nous aimons, idéalisons, rêvons et fantasmons d’une part, pour mieux la craindre, la contrôler et la piller d’autre part.

Les artistes ont à créer une oeuvre unique mais divisée en deux parties et ce, en investissant deux sites distincts voire fondamentalement opposés; la banquise à l’embouchure de la rivière Rimouski au coeur du village de pêche blanche et la galerie du Centre d’artistes Caravansérail. À travers ces deux espaces blancs, chaque artiste fera dialoguer, se répondre, s’affronter ou encore se contredire les deux polarités de leur oeuvre.

En empruntant le trajet reliant un site d’exposition à l’autre, le visiteur d’Espace blanc deviendra un agent par lequel le flux dynamique circulera entre ces deux polarités. C’est en explorant la façon dont les opposés soumis par les artistes pourront être résolus et en leur trouvant des correspondances et des résonances, que le regardeur établiera l’équilibre entre les deux segments de l’oeuvre. C’est ainsi qu’il en fera surgir un sens et une cohérence.

Le centre d’artistes Caravansérail est un centre de recherché, de production et de diffusion en art visuel qui a pour mission principale de soutenir les artistes de la relève en arts visuels en région. Motivé par le désir de sortir l’art de son réseau traditionnel de diffusion pour aller à la rencontre du grand public, peu confronté dans son quotidien à l’art actuel, Caravansérail déploie depuis bientôt cinq ans, des expositions en galerie, des projets thématiques et des événements spéciaux hors les murs. Caravansérail est fier d’être porteur
d’initiatives propres à jouer un rôle unique dans la sphère culturelle au Bas-Saint-Laurent.

Les deux premières éditions d’Espace blanc se sont tenues respectivement en 2005 et 2006. C’est avec fierté que l’équipe de Caravansérail présente cette 3e édition, avec l’apport de la commissaire invitée, Geneviève Pelletier. Aussi, un partenariat tout à fait unique avec l’École secondaire Langevin se développe depuis la toute première édition d’Espace blanc. En fait, cette fidèle collaboration est rendue possible grâce à l’enseignante Michèle Corriveau, qui implique, d’une fois à l’autre, les étudiants inscrits au programme Art +. En groupe, les jeunes sont appelés à vivre un processus de création comparable à celui des artistes.

Cette année, une forme inspirée de la hutte sera réalisée à partir de matériaux inusités, à la fois neufs et usagés; du sac d’épicerie au matériel de plomberie. Par la création de cette forme architecturale, les jeunes sont sensibilisés à la sculpture de grand format et à la pratique de l’installation in situ. Ils touchent également à des techniques artistiques traditionnelles et plus actuelles qui concernent à la fois le processus de conception et de réalisation d’une oeuvre. En parallèle à l’événement, d’autres interventions avec des groupes scolaires viendront ponctuer la période de présentation; un prétexte d’initiation à la création dans un espace blanc hivernal. Voilà un prétexte original pour profiter des beautés de l’hiver et découvrir des oeuvres d’artistes de la relève en art actuel !

Patrick Bérubé
Inspiré par les cabanes de pêche et la fable Le Renard et le Corbeau de La Fontaine, Patrick Bérubé presente sur la banquise et en galerie deux constructions non-conventionnelles. Jouant sur des ambiguities et les oppositions que lui inspire les deux différents lieux, tels que l’intérieur/l’extérieur, le chaud/le froid, la ville/la nature, il conçoit une oeuvre d’où jaillit une dimension déstabilisante. Il s’attarde sur les défectuosités et les qualities de chacune des installations en tentant d’en faire ressortir leur part d’angoisse et de mystère mais toujours avec une pointe d’humour et d’ironie. Le visiteur est entraîné dans des allers-retours entre envie et deception, entre impuissance et frustration, sentiments suggérés par différentes mises en scenes déroutantes.
 

Ani Deschênes
Fascinée par la chasse qu’elle perçoit comme une énigme, Ani Deschênes s’imprègne du contexte offert par le village de pêche blanche pour souligner certaines concordances entre ces deux activités. Dans le calme et la solitude de la banquise, elle construit, à la manière du chasseur, une cache; lieu secret où celui-ci se tapit et attend. Au coeur de cette attente, le chasseur prepare amoureusement sa cache et ses appâts de sel, d’odeurs et de sons en respectant l’habitat de l’animal pour ne pas le troubler. Il doit se fondre à l’environnement, disparaître afin de se rapprocher de l’animal pour mieux l’attirer, l’appâter et finalement le tuer. Sur la banquise et en galerie, Ani Deschênes fouille, examine et met en lumière ces curieux rituels.

Jean-Philippe Roy
Sur la banquise, Jean-Philippe Roy construit en trios dimensions un mot immense et coloré mais dont la syntaxe est impossible. L’artiste questionne ici nos modes de perception de la nature et les différents regards que l’homme porte sur celle-ci. Car si nous sommes l’un des elements contitutifs de la nature, Jean-Philippe Roy considère qu’il nous est toutefois impossible de la saisir totalement et spontanément. En effet, celle-ci ne se donne à voir et à comprendre que de manière fragmentaire et furtive. C’est à travers le prisme de la representation, notamment par le langage, que nous parvenons à saisir la nature globalement. Jean-Philippe Roy propose ici un objet-mot qui nous détourne de l’idée de sa representation pour nous ramener à son irréductible factualité: La nature se révèle pas à pas.

Mathieu Valade
Dans le cadre d’espace blanc, Mathieu Valade s’inspire du paysage et explore le theme de polarités en jouant avec le rapport dialectique entre le significant et le signifié. Sur le brise-lames, des panneaux de bois sont percés d’un symbole lié à l’intimité, agissant comme une fenêtre sur la banquise. À travers l’ouverture ainsi laissée, le regardeur perçoit le signe conventionnel de l’amour s’inscrire dans le paysage, au coeur du village. Par un jeu de contraste, l’artiste utilize en galerie ce meme signe par lequel le visiteur est appelé à diriger son regard, découvrant l’évocation d’un espace public. Entre ce qui est visible et ce que l’on cache, Mathieu Valade entrelace les renversements de sens et les oppositions.
 

 

BIOGRAPHIE

Originaire du Bas-St-Laurent, Patrick Bérubé vit et travaille à Montréal. Il détient une maîtrise en arts visuels et médiatiques de l’Université du Québec à Montréal. Il a présenté son travail dans le cadre d’expositions collectives, dont la Manif d’art 3 en 2005, où il a remporté le prix du jury. Il a exposé en solo à la galerie Circa et à l’Oeil de poisson en 2006 ainsi qu’à Skol en 2005. Lors de la dernière année, Patrick Bérubé a exposé en Alberta ainsi qu’en Ontario. Il a également réalisé trois résidences de création en France et en Espagne.


Titulaire de baccalauréats en arts visuels et en enseignement de l’Université du Québec à Montréal, Ani Deschênes vit et travaille à Boucherville. Elle a présenté divers projets d’intervention et a participé à des expositions collectives à Montréal, Longueuil et à Laussane (Suisse). En 2006, elle a présenté Qu’avez-vous perdu ?, lors de la Biennale nationale de sculpture contemporaine de la Galerie d’art du parc de Trois-Rivières. Elle a également participé en 2006 au projet du 10e anniversaire des Journées de la culture : Les Convertibles.


Originaire de Québec, Jean-Philippe Roy vit et travaille à St-Marcellin, dans le Bas-St-Laurent. En 2006, il terminait une maîtrise en arts visuels à l’Université Laval. Son travail a été présenté à la Manif d’art 2 (2003), à l’Oeil de poisson (2003 et 2006), à Caravansérail (2006) et à Langage plus (2007). En 2006, il participait à une résidence de création à Strasbourg dans le cadre des échanges croisés Alsace/Québec. Récipiendaire de plusieurs prix et bourses, il recevait en 2005 le prix « événement de l’année » au Gala des prix de la Culture de la ville de Québec.


Mathieu Valade est diplômé de l’Université Laval où il a récemment terminé une maîtrise en arts visuels et de l’UQÀM où il a fait ses études de baccalauréat dans le même domaine. Mathieu Valade est originaire de Salaberry-de-Valleyfield et réside actuellement à Québec. Il compte parmi les membres fondateurs du collectif Pique-Nique. En 2006, il a enseigné au Cégep de St-Laurent à Montréal et a titre de chargé de cours à l’Université du Québec à Chicoutimi. Il a exposé à Espace Virtuel en 2006, au Lieu en 2007, à Circa en 2007. Il présentera prochainement son travail à Cuba dans le cadre d’une exposition collective.