Les Monstres Image de droite : Photographie Jérôme Bourque

Prise de conscience propre aux monstres : flambloyante, baveuse et dégoulinante. Les monstres seraient-ils des bêtes spectaculaires?

Les Monstres

Exposition de Paul Brunet et Francis Montillaud,
du 30 octobre au 12 décembre 2009

VERNISSAGE : le vendredi 30 octobre 2009 à 17 h

Depuis toujours, les monstres habitent les recoins sombres de notre imaginaire collectif. Bricolage biologique ou individu aux mœurs dépravées, un monstre est un être dont une anomalie le distingue des standards de son espèce. Qu’ils soient fictifs ou réels, les monstres possèdent pourtant toujours les caractéristiques réelles d’un ordinaire bien tangible. Néanmoins, ils parviennent à nous surprendre, à provoquer la peur ou l’angoisse, parfois même le rire hilare.

À l’occasion de l’Halloween, le centre d'artistes Caravansérail présente le travail de Paul Brunet et de Francis Montillaud dans une exposition qui regroupe des œuvres possédant les caractéristiques du monstrueux. Par le détournement d’images préexistantes, les œuvres de ces deux artistes incorporent au sein de nouvelles configurations diverses figures prélevées dans les médias de masse. Les œuvres qui en résultent cultivent la satire et tentent d’inquiéter avec désinvolture les calmes tableaux de notre quotidien. Tels des collages, les nouvelles images ainsi produites sont multiples et hétéroclites : ce sont des êtres chimériques dont la cohérence formelle garantit toutefois l’existence autarcique. L’image médiatique apparaît alors comme une image spectrale dont l’enracinement dans un corps médiumnique assure l’existence singulière. Une existence véritablement monstrueuse en ce qu’elle procède particulièrement de la monstration, nous donnant à voir tour à tour les multiples références empruntées à des mondes stylistiques différents et la matérialité de l’œuvre qui sous-tend leur mise en forme.

Chez Brunet, diverses figures sont prélevées dans les médias de masse puis représentées par les moyens de la peinture en des couleurs saturées, parfois surannées. Les harmonies de couleurs ainsi que les textures représentées cultivent avec humour un sens du mauvais goût. Qu’elles soient de nature graphique, photographique ou numérique, les images prélevées sont représentées strictement par des moyens picturaux. Francis Montillaud, pour sa part, utilise des bannières sur lesquelles il imprime une sélection des figures tirées de différents supports médiatiques dont il détourne le sens par l’adjonction de nouvelles composantes. Utilisant un dispositif publicitaire propre à certains événements publics, les bannières sont montées sur des cadres en aluminium et appuyées contre les murs de la salle d’exposition. La prégnance de la matérialité de ces œuvres, les ruptures anachroniques entre les références, de même que l’hétérogénéité des éléments visuels apparaissent comme les sutures de leur coexistence forcée. Ces stigmates sont nulle autre chose que la marque de leur intégration dans une forme qui en assure par le fait même la résurgence et la survivance.

Avec éclats, les œuvres de ces artistes nous donnent à voir et à comprendre que les images qui informent notre pensée sont bel et bien spectaculaires : elles sont moins le résultat de données perceptuelles issues de notre rapport immédiat au monde que l’imprégnation de représentations fortement médiatisées qui suppléent à notre expérience personnelle. Prise de conscience propre aux monstres : flamboyante, baveuse et dégoulinante. Les monstres seraient-ils des bêtes spectaculaires? Des bêtes dont l’appétit pour le mauvais goût et l’hybridité serait alimenté par une société médusée par le spectacle de ses propres artifices? L’affaire est bien connue; les monstres se cachent souvent sous l’apparence de l’ordinaire et opèrent pernicieusement leur malice à l’heure du crépuscule, quand le regard ne discerne plus les limites de la réalité et du songe. La monstruosité se révèle dans le prolongement de la réalité et de la fiction. Elle procède de l’assemblage et c’est l’hybridité de figures étrangères en un même être qui l’arrache à toute tentative définitionnelle. Les monstres sont des êtres singuliers : ils sont l’exception même.

Jean-Philippe Roy
BIOGRAPHIE

BIOGRAPHIE
Paul Brunet vit et travaille à Québec. Détenteur d’un baccalauréat (2005) et d’une maîtrise en arts visuels à l’Université Laval (2007), il se consacre principalement à la peinture. Dernièrement, il a assuré le commissariat et l’organisation du deuxième symposium de peinture de Québec « Pan! Peinture » (2008). En août 2007, il a exposé ses peintures en solo à La Chambre Blanche (Québec). Il a aussi participé à plusieurs expositions et activités artistiques à Québec. En 2005, il remportait la bourse La Vigie-Peinture.

Francis Montillaud vit et travaille à Montréal. Sa pratique oscille entre l’installation, la vidéo et la sculpture. Son plus récent travail a été présenté à Moncton, Montréal, Matane et Val d’Or. Son travail vidéographique a été présenté au Canada, en France ainsi qu’au Maroc. Il a participé à plusieurs événements collectifs, dont la Manifestation internationale d’art 3 de Québec et la 6e Biennale de Champ Libre à Montréal. Sa collaboration à la scénographie de la pièce de théâtre Ailleurs, un spectacle multimédia sur l’immigration de Kevin McCoy, lui a valu une nomination au Gala des Masques 2007 dans la catégorie « Contribution Spéciale ».